PERFORMANCE ARTISTIQUE ET AUTOPORTRAIT
Œuvres, expositions et projets Par André Wagner
Le créateur d’images de lumière du XXIe siècle Un texte sur mon travail par le commissaire d’exposition et photographe Mindaugas Kavaliauskas
Dans la série « Romance of Elements » d’André Wagner, simplicité et complexité se rencontrent au sein de la photographie contemporaine. Au premier regard, les œuvres montrent des paysages naturels paisibles.
Mais si l’on considère le dialogue particulier entre paysage et élément du feu, une action se laisse percevoir : elle s’apparente à une intervention éphémère de land art rendue visible par la photographie.
L’effet consistant à dessiner, grâce à une longue exposition, des formes, contours et figures inexistants a été décrit dans les années 1930 par l’un des pères du constructivisme photographique, présenté ici comme le directeur du Bauhaus de l’époque, László Moholy-Nagy .
Repère historique : László Moholy-Nagy fut maître au Bauhaus de 1923 à 1928. En 1937, il prit la direction du New Bauhaus de Chicago. Source : Bauhaus Kooperation
André Wagner refuse explicitement les possibilités techniques de la retouche et choisit de créer des photographies argentiques. Ses images naissent le plus souvent la nuit, lorsqu’il intervient lui-même, à la manière d’une performance, et dessine avec le feu dans l’obscurité.
Il décrit « Romance of Elements » comme une étude de l’énergie métaphysique du feu. Il en résulte des sortes d’autoportraits documentant ses mouvements dans l’espace. Nous avons ainsi, tout à la fois, des paysages, du land art, une performance artistique et un autoportrait.
Cette ambivalence de « Romance of Elements » recèle des tensions entre mystique et évidence, simplicité et profondeur du sens, spiritualité et, peut-être, kitsch.
La plupart, sinon la totalité, des images de « Romance of Elements » nous invitent à méditer sur les visions et les symboles de mondes encore inexplorés, lointains et exotiques. Une spirale de feu gravissant les marches d’un lieu sacré sur une montagne indienne suggère une quête de sagesse orientale et de perfection spirituelle.
Les longues traînées d’étoiles dans le ciel indiquent le temps écoulé, évoquant le voyage dans le temps et l’immense patience humaine nécessaire pour atteindre un but. Ailleurs, un paysage forestier rocheux de Nouvelle-Zélande s’éveille dans la lumière, comme s’il tournait son regard vers la lointaine culture maorie.
Ce paysage rappelle d’une certaine manière une photographie prise en Lituanie : la cime d’un arbre abattu y est baignée de lumière, faisant renaître le souvenir de l’une des cultures païennes ayant le plus longtemps subsisté en Europe, avec ses forêts sacrées et le feu dans sa sainteté protectrice.
Ces lectures de « Romance of Elements » sembleront pertinentes à ceux qui recherchent des niveaux de sens plus élevés. Ils discernent une ambiguïté dans ces paysages modernes. Une touche de kitsch ne peut être niée, même si elle s’accompagne d’une douce ironie.
Devant l’image du chantier d’une autoroute allemande, je me sens démuni dans ma tentative d’y chercher la spiritualité selon une approche traditionnelle.
Je dois pourtant reconnaître que l’automobile est aujourd’hui l’objet de culte par excellence, une idole du mouvement, un « esprit du temps » qui habite l’Allemagne depuis plus d’un siècle.
Parmi les amateurs de photographie, certains ne sont sensibles aux œuvres d’André Wagner que jusqu’au moment où ils découvrent comment le feu a été utilisé.
Une fois la méthode révélée, ils sont tentés de croire qu’ils pourraient facilement réaliser eux-mêmes de telles images. Ils envisageraient probablement d’améliorer la technique en remplaçant le film moyen format par le numérique et les performances avec un feu réel par des dessins numériques.
André Wagner envisage la photographie sans fonction « Annuler ». Il lui importe davantage d’être authentique que d’être un parmi tant d’autres. Pour réaliser ses œuvres, il choisit des chemins plus difficiles, sans garantie. Lentement, loin de chez lui, souvent dans l’incertitude, il parcourt la nuit avec une torche pour rendre visible la puissance de la lumière, acceptant l’imperfection possible et vivant au contact des éléments du lieu choisi.
L’une des images les plus remarquables de « Romance of Elements » est, pour moi, celle d’une rivière asséchée en Nouvelle-Zélande.
Le photographe a rempli le lit de la rivière absente d’un rayon spiralé s’étendant sur des kilomètres, substituant ainsi visuellement un élément à un autre.
Il lui a fallu beaucoup d’effort et de discipline pour descendre à plusieurs reprises le lit de la rivière en dansant avec une immense torche, accomplissant une performance de feu pour la terre, l’air, l’espace et l’eau absente. Presque une nuit entière a été nécessaire pour parcourir ces kilomètres, jusqu’à l’aube et à l’épuisement de la dernière goutte d’huile de lampe.
Contrairement à beaucoup de langues, l’allemand possède un calque du mot « photographie » — phos, lumière ; graphos, dessiner, écrire : « Lichtbild », littéralement image de lumière.
Il est pourtant devenu inhabituel d’appeler un photographe « Lichtbildner », créateur d’images de lumière. Le terme semble d’abord désuet.
Mais surtout, il me semble que peu de photographes envisagent le feu comme la source première de la création et de la lumière, comme autrefois, et donc comme un outil essentiel pour créer une photographie au sens de « dessiner avec la lumière ».
C’est précisément là qu’André Wagner se distingue : parmi les millions de photographes professionnels, amateurs et faiseurs d’images habituels en Allemagne, il demeure l’unique « créateur d’images de lumière du XXIe siècle ».
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